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Installation artistique autour de l’habitat animal

Biennale du réseau des Maisons de l’Architecture - PARI
Paris, 2018

« […] je ferai qu'il n'y aura point de laboureur en mon royaume qui n'ait moyen d'avoir une poule dans son pot » Selon la légende, Henri IV, XVIe siècle
L'actualité récente a mis en lumière plusieurs prises de positions, parfois violentes, à l'encontre de la production animale. L'incendie criminel d'un abattoir dans l'Ain le vendredi 28 septembre 2018, la diffusion de vidéos de maltraitance animale dans certains abattoirs ; ces évènements sont symptomatiques d'un contexte tendu lié à l'intensification de l'élevage depuis la révolution industrielle. Un des mouvements émerge et rejette toute forme d'exploitation de l'animal par l'Homme : les abolitionnistes.

Ainsi, l'actualité et l'analyse de la production industrielle nous invitent à cette proposition conceptuelle : plutôt que donner des droits aux animaux, donnons des devoirs aux Hommes. Au regard de l'émergence de ces nouveaux courants de pensée, nous choisissons d'observer l'élevage actuel à travers une production française typique : le poulet.

Nous proposons un projet qui aborde les conditions actuelles d'élevage de poulets en France par une démarche conceptuelle. Nous constatons que les cahiers des charges et la qualité des différents élevages sont directement liés à une notion de surface et que bien souvent, ces exploitations sont réalisées sans le concours d'un architecte. Les bâtiments standardisés sont le résultat des différentes règlementations et labels. Nous avons vu précédemment qu'une exploitation BIO rentre dans le cadre d'une construction agricole inférieure à 800m², seuil à partir duquel un architecte doit être consulté.

En tenant compte de ces enjeux évoqués, il nous semble légitime de nous emparer de ce sujet. Les éléments recueillis nous offrent la possibilité de produire un projet qui interroge d'autres manières de créer pour les animaux et les hommes. Nous proposons donc un objet qui témoigne de nos recherches.

L'objet présenté au public est un poulailler dimensionné selon le cahier des charges AB, soit un espace intérieur de 0.1m² et un espace extérieur de 4m². On constate une disproportion entre les espaces intérieur et extérieur. L'enclos du poulet se trouve en hauteur, au-dessus de nous, comme un oiseau disposerait de son perchoir. Cette disposition permettra de récupérer les œufs à hauteur d'homme sans stresser l'animal grâce à un système de trappe qui pourra par la même occasion assurer l'hygiène de la litière. Le poulet en descendra pour s'approcher de son panorama à 360°, créé spécialement pour lui donner l'illusion d'un espace extérieur plus vrai que nature (Frans Post, Paysage brésilien, huile sur bois, 1650). La grande fresque intérieure sera disposée sur un panneau courbe, dont l'extérieur en tôle ondulée galvanisée rappellera aux visiteurs la matérialité des bâtiments agricoles dépourvus d'architectes. La courbe offrira un objet esthétique au poulet, en lui donnant l'illusion d'évoluer dans un environnement vaste. La cage délimite l'espace du poulet, et c'est le spectateur que nous mettons en cage. Ce dernier pénètre le monde agricole sans pour autant se mettre à la place de la volaille.

Sans remettre en cause les principes actuels d'élevages, nous proposons d'interroger autrement notre rapport à l'animal. L'objet qui en découle ne constitue pas une proposition concrète mais est le résultat d'une approche sensible. Il permet également d'appréhender l'échelle de production en intégrant les codes des bâtiments agricoles. Aussi, en proposant une conception orientée vers l'usager, le poulet en l'occurrence, cette expérience évoque la production de masse et la production individuelle.